La Guinée célèbre la Journée internationale des musées à Conakry avec un appel à la réconciliation et à la restitution
La Journée internationale des musées a été célébrée ce 18 mai 2026 à Conakry, en présence de plusieurs membres du gouvernement et de partenaires au développement. La cérémonie, présidée par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, s’est tenue au Musée national de Guinée à Sandervalia.
Dans son discours, le ministre a présenté le musée comme un outil de mémoire et de réconciliation dans un monde fracturé.
« Quand avez-vous, pour la dernière fois, tenu entre vos mains un objet plus vieux que votre grand-père ? Quand avez-vous, pour la dernière fois, senti que le temps s’effaçait et que quelque chose d’invisible vous reliait à ceux qui ont marché avant vous sur cette terre ? C’est ce que fait un musée. Chaque jour. En silence », a-t-il déclaré.
Évoquant le thème mondial de l’ICOM qui invite à faire des musées des lieux qui « cicatrisent les blessures d’un monde fracturé », Moussa Moïse Sylla a souligné leur rôle face aux divisions. « Les frontières se ferment. Les haines se ravivent. Les paroles divisent là où elles devraient rassembler. Alors oui, dans ce contexte, la question mérite d’être posée avec force : Que peut encore faire un musée ? Il peut tout. Parce qu’il se souvient de tout. Il réconcilie le temps ».
Le ministre a insisté sur la dimension unificatrice du musée pour la nation guinéenne. « La Guinée est riche d’une diversité que beaucoup nous envient. Peul et Malinké, Soussou et Kissi, Toma et Bassari, gens de la Forêt et gens du Fleuve; nous sommes nombreux, différents, et c’est notre force. Mais cette force ne devient puissance que lorsqu’elle se reconnaît elle-même ». Il a ajouté que « le Musée national n’est la propriété d’aucun clan, d’aucune région, d’aucune génération. Il est la maison commune de tout un peuple ».
Sur la question des restitutions, il a plaidé pour le retour des œuvres guinéennes conservées à l’étranger. « Notre Nimba – ce chef-d’œuvre que le monde entier admire […] n’a pas vocation à rester exilé. Il a vocation à rentrer. À retrouver la terre qui l’a enfanté. Réclamer ce retour, ce n’est pas ouvrir une plaie. C’est la refermer. La restitution est un acte de paix ».
Le ministre a également annoncé une avancée majeure pour le secteur : la signature, le 30 mars dernier, d’un accord de financement de 16 millions d’euros avec l’Agence française de développement pour la transformation du Musée de Sandervalia.
« Pour la première fois de son histoire, la Guinée contracte un prêt souverain pour la culture. Non pas une aide. Un prêt. Parce qu’un prêt, cela suppose qu’on croit au retour sur investissement. Et nous y croyons – profondément », a-t-il affirmé.
Le projet prévoit des réserves aux normes internationales, des laboratoires de recherche, des espaces pour la jeunesse et la création contemporaine. Un musée virtuel sera aussi développé avec Expertise France pour rendre le patrimoine accessible au-delà des frontières.
Le ministre a conclu en rendant hommage au personnel des musées et en rappelant la vision du président Mamadi Doumbouya d’étendre le réseau muséal aux régions et préfectures. « Un peuple qui maîtrise son histoire avance avec assurance. Un peuple qui exhibe fièrement son patrimoine commande le respect. Un peuple qui se rassemble autour de sa culture devient invincible ».
La rédaction

